Bougies, sapin et chaînes glucidiques

De petites différences peuvent avoir de grands effets. Souvent, c’est pourtant le contraire et les petites différences passent totalement inaperçues. L’important, c’est en effet de savoir si ces différences portent sur un domaine «pertinent». C’est pourquoi les biosimilaires peuvent être absolument équivalents à leurs produits de référence en termes de qualité, d’efficacité et de sécurité, même si les principes actifs sont «uniquement» similaires, et non identiques.

Dans le blog du 17 juillet 2020, nous avons expliqué pourquoi un biosimilaire ne peut jamais être une copie exacte de la préparation originale (produit de référence). Mais où se situent ces différences, certes petites, mais inéluctables? Et pourquoi le biosimilaire reste pourtant tout aussi efficace et sûr que la préparation originale? A partir d’une analogie de saison, la couronne de l’Avent, nous souhaitons montrer que des différences peuvent être uniquement une question «d’ornement».

Quatre bougies et du sapin

Une couronne de sapin garnie de quatre bougies constitue probablement pour la plupart des gens «l’essentiel» d’une couronne de l’Avent. Pour que celle-ci remplisse son office, les quatre bougies, qui indiquent le temps restant jusqu’à Noël, sont indispensables. En revanche, «l’ornement» de la couronne n’est pas essentiel. Le type de sapin utilisé, le nombre de branches, leur taille, tout cela est en fin de compte secondaire. Que la couronne comporte des pommes de pin, des boules, des rubans ou des étoiles est une affaire de goût et n’est pas pertinent pour son «efficacité». Il ne fait nul doute que deux couronnes de l’Avent peuvent être extrêmement semblables, sans être jamais des copies exactes.

Acides aminés et glucides

Il en va de même pour un biosimilaire et son produit de référence. Dans les deux cas, le principe actif est une molécule protéinique complexe et de très grande taille dont le plan de fabrication de base, à savoir la composition des acides aminés, est identique. La protéine finie est formée d’éléments qui sont absolument déterminants pour son action – par exemple le site de liaison pour se fixer au support cible dans l’organisme.

Cependant, elle contient également des éléments qui ne sont pas essentiels pour sa fonction thérapeutique. Il s’agit par exemple des chaînes glucidiques (glucides) qui sont attachées à la protéine finie après sa fabrication. Ce processus appelé «glycosylation» est une des nombreuses techniques de la cellule vivante pour donner la touche finale à ses protéines. Il ne peut pas être complètement standardisé dans le cadre du processus de fabrication des agents biologiques, car il dépend de nombreux facteurs, entre autres d’influences environnementales. La position et la longueur des chaînes glucidiques peuvent ainsi varier. Si elles altèrent une composante fonctionnelle, telle que le site de liaison, la protéine est alors inutilisable sur le plan thérapeutique. Mais si elles sont intégrées à une zone «non fonctionnelle», elles n’ont aucune influence sur l’efficacité. Pour reprendre l’analogie de la couronne de l’Avent: fixer une pomme de pin précisément là où une bougie devrait être placée rend la couronne inadéquate. En revanche, l’ornement peut être disposé comme on le souhaite entre les quatre bougies.

Variabilité avec des limites claires

La «finition» que donne une cellule aux protéines qu’elle produit est ce qui empêche les principes actifs fabriqués biologiquement d’être des copies exactes. Une certaine variabilité entre un biosimilaire et son produit de référence est inévitable. Cependant, des processus stables de production et des contrôles rigoureux de la qualité garantissent que cette variabilité existe uniquement dans le cadre de limites clairement définies et qu’elle porte uniquement sur des composantes de la molécule active qui ne sont pas responsables de son efficacité et de sa sécurité.

D’ailleurs, il en va de même pour la préparation originale. Etant donné que les agents biologiques sont produits en lots et que le processus ne peut pas être standardisé à 100%, il existe des différences minimales entre les lots de produits. Comme l’explique le Dr. rer. nat. Roberto Frontini, directeur d’une pharmacie clinique à Leipzig:

La variabilité qui est autorisée entre un biosimilaire et la préparation originale est celle qui existe également au sein même des préparations originales […]. On pourrait dire que les préparations originales sont également des biosimilaires d’un lot à l’autre.

L’efficacité, la sécurité et la qualité doivent être suffisantes entre les lots, tout comme entre les préparations originales et les biosimilaires. C’est ce qui caractérise le principe actif. En d'autres termes, peu importe l’ornement, ce qui constitue une couronne de l’Avent, c’est un cercle de sapin avec quatre bougies. Dans cette perspective, nous vous souhaitons de belles fêtes de fin d’année.

Par Jonathan Bertschi & Roger Konrad, Network Biosimilars CH

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